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UN MOULIN
D’AUTREFOIS
Poème D'André David
Que reste-t'il
encore de ce petit moulin
Qu'on découvrait soudain au détour d'un chemin?
Sur le bord du ruisseau, au pied de la forêt,
Marchant avec le temps, il tournait sans arrêt.
Il était à l'époque une simple bâtisse
Comprenant la maison, le moulin, la remise.
Avec son toit d'ardoise, son pignon, sa mansarde,
Son rosier et sa vigne, courant sur la façade.
Creusé dans le
rocher, le bief à l'eau dormante,
Fleurant bon en été, l'églantier, la menthe,
Quand brusquement surprise, terminait son chemin
En un bruit de cascade sur la roue du moulin.
Des souvenirs
précis datant de mon jeune âge :
Assis dans la charrette, sur un sac de grain,
j'accompagnais mon père qui guidait l'attelage.
C'était le lendemain que nous cuisions le pain.
De Marie, la
meunière, je garde encore l'image.
Son coeur était si grand qu'était son beau visage,
Me réchauffant les mains certains jours de
froidure
Ou m'offrant les tartines de bonnes confitures.
Il tenait du
prodige le bon meunier Mazy.
Tout comme son moulin, il allait sans relâche,
Passionné du métier, assidu à la tâche,
Oh ! il portait des sacs deux fois plus lourds que
lui.
Avez-vous
remarqué, avez-vous entendu,
Ces divers éléments d'une course immobile,
Tous ces bruits réguliers, accordés, confondus
D'un moulin d'autrefois, très simples mais utiles.
Lorsque les grains
dorés s'échappaient des trémies
Retombant sur les meules en un bruit de crécelle,
Le grondement de l'eau, les "marteaux" des tamis,
Un concert passionnant d'allègres ritournelles.
Souvent me parvenait dans la brise du soir,
Alors que tout dormait, que s'arrêtait la vie,
La douce mélopée s'égrenant dans la nuit,
Cette marche rythmée, messagère d'espoir.
Combien de braves
gens, et combien d'attelages,
Pour apporter leur grain, ont franchi le grand
pont
Ou la digue du bief sur un étroit passage,
Venant du voisinage ou bien des environs.
S'il s'arrêtait
parfois tout en fin de journée,
Les sacs de farine emplissant la carriole,
Le valeureux meunier partait pour sa "tournée",
Guidé par sa lanterne à clarté de luciole.
Quand la neige et
le vent bloquaient tous les chemins,
Rendant impraticable tout accès au moulin,
Deux sacs de mouture sur le dos de sa mule,
Un homme, une bête partaient au crépuscule.
Sous les flocons
légers, par raccourcis ou sentes,
Marchant péniblement, courbés sous la tourmente,
Vaillantes silhouettes s'enfonçant dans la nuit,
Portant la subsistance aux foyers démunis.
L'évolution
sociale appelée le progrès
A réduit au silence les meules du moulin.
Le goût de notre pain n'a certes rien gagné,
Le tic-tac régulier a cessé son refrain.
Beaux reflets
nostalgiques, images d'un passé,
Époque laborieuse aujourd'hui dépassée,
Le ruisseau malgré tout coule sans se lasser
Mais son rôle d'antan à jamais délaissé.
Et s'il est de nos
jours savamment rénové
Ce n'est pas pour autant des valeurs retrouvées,
Tout comme un feu éteint dont a cessé la flamme,
Mon cher petit moulin, il a perdu son âme.
André David
Septembre 1993
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